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Un algorithme du Credit Suisse avait pour but de gagner de l’argent au détriment de ses clients

Bankster

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Le  grand déballage des  « arrières cuisines » des marchés des changes et  de leurs dérives se poursuit  sur tous les continents . Les  petits arrangements entre traders  sur un des marchés les moins régulés, ne sont plus tolérés. Dernier exemple en date aux Etats-Unis, la banque Credit Suisse a reçu une amende de 135 millions de dollars pour la violation de certaines règles (partage d’informations des clients, manipulations de cours…). Credit Suisse a coopéré avec les autorités et s’est engagé à prendre les mesures exigées par les autorités (renforcement des contrôles…).

Nouveauté par rapport aux précédentes affaires, le trading algorithmique, dont la banque était une des spécialistes au sein de sa plate-forme « eFx », a joué un rôle dans les profits indus accumulés au détriment des clients.

D’avril 2010 à juin 2013, la banque a mis au point un algorithme pour détecter la probabilité que les ordres stop (des ordres d’achat ou de vente qui se déclenchent automatiquement à un certain cours) de leurs clients soient exécutés et pour en tirer profit pour le compte de la banque.

Exemple ? Si l’automate estime qu’un nombre important d’ordres de vente vont être déclenchés, il va vendre lui aussi pour faire en sorte de faire chuter les cours jusqu’au niveau où sont situés les ordres stop. De quoi créer un mouvement de baisse. L’algorithme rachètera alors plus bas qu’il n’a vendu, et enregistrera des profits au détriment des clients. En trois ans, les autorités américaines estiment que la banque a exécuté 41.000 ordres à cours limité et 41.000 ordres stop. Autant de sources de profit potentiel.

Essayer de déclencher les « ordres stop » est une pratique aussi ancienne que les marchés. Elle est courante entre traders concurrents de différentes institutions mais bien plus rare au sein d’un même établissement.

« Dernier regard »

Autre objet du litige, la banque a comme ses consoeurs un « dernier droit de regard » («  last look  ») sur un ordre qu’elle s’était pourtant engagée à accepter et peut ainsi l’annuler. Cette pratique a été créée pour que les banques se protègent  des traders haute fréquence   avec lesquels elles traitent et  des décalages très rapides des prix . Or, elle a été détournée et a concerné d’autres clients : elle a constitué un centre de profit à part entière pour la banque suisse alors que cette pratique visait en théorie à la limiter ses risques et pertes.

Les abus du « dernier regard » faisaient débat en interne, mais c’est quand la presse a commencé à  se faire l’écho de ces dérives et scandales que la banque changera ses pratiques. « Tu as vu l’article de Bloomberg sur les changes ? Il y est dit que les plus grandes banques vont revoir leurs activités de trading après les scandales », s’inquiétait un opérateur en septembre 2014 avant que Credit Suisse ne prenne des mesures.

« Satan »

Devancer les ordres des clients pour en tirer profit est une pratique interdite par le  code de bonne conduite des marchés des devises et les règlements internes des institutions.  Avant certaines opérations de fusions acquisitions impliquant des transactions sur les devises, des traders de la banque ont réalisé des bénéfices en devançant ces opérations. Les traders du Credit Suisse coopéraient avec des opérateurs d’autres banques pour parfois agir de concert ou s’échanger des informations sur leurs clients. L’un d’entre eux, surnommé « Satan », était apparemment très rentable pour le groupe d’initiés. «Dans le bon vieux temps, tes infos sur Satan étaient vraiment incroyables », se remémoraient deux participants.

Nessim Aït-Kacimi , Les Echos

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Nessim Aït-Kacimi

He is ranked Top 100 Authority in the UK Economy and also covers Banking Regulation and Financial Market. He is journalist editor (Les Echos) and research associate (Edhec Risk Institute).

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